Droit pénal

Criminalité et délinquance en France : données du ministère de l'Intérieur

Criminalité et délinquance en France : données du ministère de l'Intérieur

Derrière le sentiment d'insécurité, il y a des chiffres. Et ces chiffres sont publics. Le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) publie chaque année les bases statistiques de la délinquance enregistrée sur data.gouv.fr, ventilées à l'échelle communale, départementale et régionale. Un trésor de données pour qui veut analyser la criminalité sans se fier aux seuls faits divers.

Le bilan 2024 : un tableau contrasté

Le bilan statistique 2024 de l'insécurité et de la délinquance, publié par le SSMSI en 2025, suit 17 indicateurs principaux. Le résultat est nuancé : 5 indicateurs en baisse, 5 stables, 7 en hausse.

CatégorieTendance 2024Chiffres clés
HomicidesEn baissePremière baisse depuis 2020
Violences physiquesHausse ralentie (+3 %)Rupture vs +11 %/an 2016-2023
Violences intrafamilialesHausse (+3 %)Progression continue depuis 10 ans
CambriolagesStableStagnation après forte baisse post-Covid
Vols avec violenceEn hausseConcentrés dans les grandes agglomérations
Infractions numériquesForte hausse (+14 %)453 200 crimes et délits enregistrés en 2025
Usage stupéfiantsStable290 400 personnes mises en cause
Trafic stupéfiantsEn hausse52 300 personnes mises en cause
EscroqueriesEn haussePortée par la cybercriminalité

Source : data.gouv.fr — Bases statistiques de la délinquance enregistrée (SSMSI), Bilan statistique Insécurité et délinquance 2024. Données issues de data.gouv.fr.

Les violences physiques : une hausse qui ralentit

La tendance la plus significative du bilan 2024 concerne les violences physiques, en particulier les violences intrafamiliales. La progression de 3 % marque une rupture nette par rapport aux années précédentes, où ces violences augmentaient de 11 % en moyenne annuelle entre 2016 et 2023.

Cette inflexion peut s'interpréter de deux manières :

  1. Un effet des politiques de prévention : les moyens déployés (bracelets anti-rapprochement, téléphones grave danger, formation des forces de l'ordre) commencent à produire des résultats
  2. Un plateau dans la libération de la parole : la hausse des déclarations liée au mouvement #MeToo et à la sensibilisation se stabilise, sans que cela signifie une baisse des faits réels

La baisse des homicides — la première depuis 2020 — est en revanche un signal encourageant. Les homicides sont l'indicateur le plus fiable de la violence, car ils ne souffrent pas de sous-déclaration (contrairement aux agressions et aux violences conjugales).

La cybercriminalité : la nouvelle frontière

Les atteintes "numériques" constituent la catégorie en plus forte progression : +14 % sur un an, avec 453 200 crimes et délits enregistrés par les forces de sécurité en 2025. La décomposition :

Type d'infraction numériqueNombre 2025Part
Atteintes aux biens (escroqueries en ligne, fraude CB, ransomware)280 50062 %
Atteintes aux personnes (cyberharcèlement, revenge porn, menaces)146 90032 %
Autres infractions numériques25 8006 %

La cybercriminalité pose un défi majeur aux forces de l'ordre : les auteurs sont souvent à l'étranger, les techniques évoluent rapidement, et les victimes tardent à porter plainte. Le développement des plateformes de signalement en ligne (THESEE, Pharos) facilite le dépôt de plainte mais ne résout pas le problème de la poursuite des auteurs.

Les stupéfiants : entre usage massif et trafic organisé

En 2024, 290 400 personnes ont été mises en cause pour usage de stupéfiants et 52 300 pour trafic. Ces chiffres reflètent l'activité des forces de l'ordre (contrôles, démantèlements) plus que l'ampleur réelle de la consommation, estimée bien supérieure.

Le trafic de stupéfiants, devenu une économie parallèle dans certains quartiers, mobilise des moyens croissants. La politique de "harcèlement" des points de deal, menée depuis 2020, a conduit à la fermeture de plus de 4 000 points de vente, mais l'offre se réorganise (livraisons à domicile, cryptomarchés).

La géographie de la délinquance : les données communales

Le jeu de données data.gouv.fr est remarquable par sa granularité : il descend jusqu'au niveau communal. Cela permet d'analyser la délinquance à l'échelle la plus fine et d'identifier les disparités territoriales.

Les grandes tendances géographiques

  1. Les grandes agglomérations concentrent les vols avec violence, les cambriolages et les trafics, avec l'Île-de-France, les Bouches-du-Rhône et le Rhône en tête
  2. Les zones périurbaines sont davantage touchées par les cambriolages de résidences secondaires et les vols de véhicules
  3. Les zones rurales affichent des taux de délinquance beaucoup plus faibles, mais les atteintes aux exploitations agricoles (vols de matériel, de carburant) sont en hausse
  4. Les départements d'outre-mer présentent des taux de violence nettement supérieurs à la moyenne nationale, avec des spécificités liées au trafic de drogue (Guyane, Martinique) et aux violences conjugales

Comment exploiter ces données

Les bases statistiques de la délinquance sur data.gouv.fr sont un outil puissant pour :

  1. Les journalistes : vérifier les discours politiques sur la sécurité, comparer les territoires, identifier les tendances de fond
  2. Les chercheurs : croiser les données de délinquance avec les indicateurs socio-économiques (revenus, chômage, urbanisation)
  3. Les collectivités locales : piloter leurs politiques de prévention et de sécurité locale (CLSPD)
  4. Les citoyens : objectiver leur perception de l'insécurité dans leur commune de résidence ou celle où ils envisagent de s'installer
  5. Les professionnels du droit : contextualiser les dossiers et argumenter devant les juridictions

Les limites des statistiques de la délinquance

Ces données mesurent la délinquance enregistrée par la police et la gendarmerie, c'est-à-dire les faits qui font l'objet d'un dépôt de plainte ou d'un procès-verbal. Elles ne reflètent pas l'intégralité des faits commis. Les enquêtes de victimation (INSEE) montrent que seuls 30 à 50 % des victimes de violence et 10 à 20 % des victimes de vol portent plainte.

Une hausse des chiffres ne signifie donc pas nécessairement une hausse de la délinquance réelle : elle peut aussi traduire une augmentation des dépôts de plainte (meilleur accueil des victimes, facilitation des démarches en ligne) ou un renforcement de l'activité policière (plus de contrôles = plus de faits constatés).

Données issues de data.gouv.fr. Licence Ouverte 2.0.

Une lecture complémentaire s'impose : Garde à vue : vos droits | Types d'infractions et sanctions | Nuisances sonores : recours.