Le fondement du droit à l'image
Le droit à l'image est un attribut du droit au respect de la vie privée, garanti par l'article 9 du Code civil. Toute personne dispose d'un droit exclusif sur son image et sur l'utilisation qui en est faite. Photographier quelqu'un, diffuser sa photo ou utiliser son image sans autorisation constitue une atteinte à ce droit, sauf exceptions limitées.
Ce droit est distinct du droit d'auteur (qui protège le photographe) et du droit à la vie privée (qui protège l'intimité). Un même cliché peut donc soulever des questions relevant de ces trois droits simultanément.
Le principe : l'autorisation préalable
Avant de photographier, filmer ou diffuser l'image d'une personne, vous devez obtenir son autorisation expresse. Cette autorisation doit être spécifique (pour un usage déterminé), limitée dans le temps et dans l'espace, et révocable à tout moment.
Le formalisme de l'autorisation
L'autorisation peut être écrite ou orale, mais l'écrit est vivement recommandé pour des raisons de preuve. Un document d'autorisation doit préciser l'identité des parties, la description des images concernées, les supports de diffusion autorisés, la durée de l'autorisation, et si l'utilisation est gratuite ou rémunérée.
| Situation | Autorisation requise | Personne à contacter |
|---|---|---|
| Adulte majeur | Oui | La personne elle-même |
| Mineur | Oui | Les deux parents (autorité parentale) |
| Personne sous tutelle | Oui | Le tuteur |
| Personne décédée | Oui (pour certaines images) | Les ayants droit |
| Foule dans un lieu public | Non (si pas individualisable) | - |
Les exceptions au droit à l'image
Le droit à l'image n'est pas absolu. Plusieurs exceptions sont reconnues par la jurisprudence.
Cette question rejoint directement celle traitée dans notre dossier sur Garde à vue : vos droits et le déroulement de la procédure.
- Le droit à l'information : les journalistes peuvent photographier des personnes dans le cadre de l'actualité, si l'image n'est pas détournée de son contexte informatif
- Les personnalités publiques : dans l'exercice de leurs fonctions publiques. Mais même un homme politique a droit au respect de sa vie privée dans sa sphère intime
- Les foules et événements publics : une personne photographiée dans une foule (manifestation, concert, marché) ne peut pas s'opposer à la diffusion si elle n'est pas individualisée
- L'illustration historique ou scientifique : dans un contexte éducatif ou documentaire
- La caricature et la satire : protégées par la liberté d'expression, dans les limites de l'injure et de la diffamation
Les sanctions
Sur le plan civil, la personne dont l'image a été utilisée sans autorisation peut obtenir des dommages et intérêts (généralement entre 1 000 et 15 000 euros pour un particulier, davantage pour un usage commercial), le retrait des images et la publication judiciaire de la condamnation.
Sur le plan pénal, l'article 226-1 du Code pénal punit d'un an d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende le fait de fixer, enregistrer ou transmettre l'image d'une personne dans un lieu privé sans son consentement. La diffusion de montages utilisant l'image d'autrui sans autorisation est punie d'un an d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende.
Le cas des réseaux sociaux
Publier la photo de quelqu'un sur les réseaux sociaux sans son accord constitue une atteinte au droit à l'image, même si la photo a été prise dans un lieu public. Les plateformes disposent de mécanismes de signalement, mais la responsabilité première incombe à la personne qui publie.
Le sujet est étroitement lié à Infractions pénales : contraventions, délits et crimes en France, que nous avons récemment analysé.
Les photos de mineurs sur les réseaux sociaux sont un sujet particulièrement sensible. La loi du 19 octobre 2023 renforce la protection du droit à l'image des mineurs et introduit la notion de droit à l'effacement numérique pour les enfants.
FAQ
Puis-je photographier quelqu'un dans la rue ?
Vous pouvez prendre la photo (la liberté de photographier dans les lieux publics est un principe), mais vous ne pouvez pas la diffuser si la personne est identifiable, sauf à entrer dans l'une des exceptions (information, foule, personnalité publique).
Mon voisin a installé une caméra qui filme chez moi, que faire ?
C'est une atteinte à la vie privée sanctionnée pénalement. Envoyez une mise en demeure, puis saisissez le juge des référés pour obtenir le retrait de la caméra. Vous pouvez aussi porter plainte au commissariat.
Les photos de street art sont-elles libres de droits ?
Non. Le street art est protégé par le droit d'auteur, même s'il est visible dans l'espace public. Photographier une oeuvre de street art pour un usage privé est toléré, mais l'exploitation commerciale nécessite l'autorisation de l'artiste.